Verrouillé




Perdue dans la forêt de ton silence
j'essaie de tracer avec mes mots un sentier qui puisse m'emmener devant la porte de ton cœur
mais je sens comme tu t´éloignes avec l'horizon et j'ai peur de ne pas y arriver avant que la nuit nous dévore

Les yeux fermés j'imagine que je me rends chez toi
Je passe des heures sur le palier à tester un mot clé pour déverrouiller le pêne
mais j'abandonne lorsque je découvre qu'il n'y a même pas de serrure
car le cœur est une porte que l'on ouvre seulement depuis l'intérieur 

Alors je garde les mots dans ma poche gauche
Et j'attends
Et j'entends
Un non-battement    un bramement desarticulé qu'émerge de mon poitrail
En arrière plan   l'écho de ton cœur peu à peu devient muet   assourdi   
jusqu'à ce qu'il disparaît dans le noyau profond de ton foyer

Je m'accroche aux sons de mon engin
C'est un tum-tum d'inertie      un relent du dispositif résonateur
Je pressens que le mécanisme est resté égaré quelque part entre le vieux port et le jardin botanique
ou peut-être caché    comme le tien    dans une de ces chambres d'enfance que l'on garde dans la mémoire pour s'enfuir

Je mets dans un sac le syncope    
le tremblement des os   
l'élan incontournable de se sentir aimée
et dans la poche droite je garde comme un trésor la journée et demie d'amour absolu 
Dans le seuil de ta porte je laisse un panier avec nos derniers halètements encore tièdes 
–ton hiver est plus froid que le mien   mais c'est pas grave si tu ne veux pas le garder–

Je marche vers le sud pour me retrouver    guidée par mes propres mots clés
comme un sonar à la recherche de sa baleine    
comme des pas qui marchent arrière en traçant un sentier pour se rendre au point de départ
au jour où t'as réveillé mon coeur pour la première fois
C'est là où toutes mes questions m'attendent 

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